L'escrime est une question de famille,
j'ai commencé avec ma mère quand j'étais toute jeune.
Elle était ma première entraîneuse.
Et après, au fil du temps, la relation mère/fille
commençait à se tendre un peu, elle s'est un peu écartée
et j'ai continué avec d'autres maîtres d'armes.
Je m'appelle Erwann Le Péchoux, je suis fleurettiste,
vice-champion olympique par équipe au Jeux de Rio en 2016.
J'ai fait un peu de tout, sans jamais accrocher dans un sport
jusqu'à ce que je découvre par hasard l'escrime
avec mes parents qui ont vu un article.
Et voilà, j'y suis allé,
dès le début, j'ai accroché et j'y suis resté.
La plus belle victoire d'Erwann
c'est sa médaille d'argent aux Jeux olympiques à Rio
parce qu'il attendait cette médaille
depuis longtemps avec impatience et surtout parce que
j'ai partagé ce moment avec lui. J'étais présente.
Ça reste un moment unique
et le meilleur qu'on a partagé ensemble.
Sa médaille au Championnat du monde
il y a deux ans était assez incroyable
parce qu'elle n'était pas forcément favorite à l'époque.
Pour moi, c'était de loin sa plus belle compétition
et c'était sa première médaille internationale.
C'est de loin sa plus belle victoire,
même si c'est une troisième place.
Meilleure qualité sportive d'Erwann ?
Je dirais qu'il a une vitesse de bras énorme.
J'aimerais bien d'ailleurs avoir cette vitesse de bras
parce qu'il va vraiment vite du bras et il est trop rapide.
Je pense que c'est ce qui fait la différence entre escrimeurs
et c'est d'ailleurs ce qui lui a permis d'être
à un haut niveau pendant longtemps.
Inès, c'est la seule gauchère au monde
qui tourne dans l'autre sens,
elle va à l'envers de tout le monde, elle fait l'inverse.
C'est ce qui fait sa force,
parce que sa parade de contre-de-sixte est incroyable.
Elle va très vite et le fait au bon moment.
Il lui manque la parade de quarte.
Je sais qu'elle est en train de la travailler.
Donc, attention les filles,
elle la travaille.
Gagner cette médaille olympique
en tant que Tunisienne, c'était une fierté,
aussi en tant que femme arabe,
et surtout, c'est un message à transmettre sur le plan sportif
comme sur le plan de la société en général,
car pour moi, la femme a sa place dans tous les domaines.
C'était une fierté pour moi
de montrer aux jeunes femmes que tout est possible.
Ma réaction quand elle a eu sa médaille ?
Pour moi, actuellement, c'est mon plus beau moment de sport.
Quand j'ai eu ma médaille de bronze,
j'ai directement couru vers les gradins,
j'arrêtais pas de répéter : "Je l'ai fait !"
Je suis allée chercher cette médaille,
je suis médaillée olympique.
Rien que d'y repenser, j'ai des frissons.
On était trop dans l'émotion pour dire quoi que ce soit.
Je me souviens juste de ce qu'elle répétait :
"Ça y est, je l'ai fait, je l'ai."
On se soutient, on se supporte
et ça finit vraiment par payer parce que le fait d'être
tous les deux médaillés olympiques
à deux jours d'intervalle, ça reste magique.
Toute l'émotion,
l'enjeu que ça représentait et l'émotion derrière,
liée à 15 ans d'entraînement et de sacrifices
pour un petit bout de métal,
mais c'est tellement important pour nous, escrimeurs.
Le bisou avec Erwann a créé une petite polémique,
ça a fait un peu le buzz dans les réseaux sociaux.
J'assume ce que j'ai fait parce que c'était un...
On l'appelle le baiser olympique
et j'en suis fière parce que ça prouve qu'on est amoureux.
C'était pas calculé du tout.
Il y a des gens qui ont apprécié, d'autres non.
Ça ne fait pas partie de ma culture et de mes traditions,
mais ça pouvait arriver pour n'importe qui.
BAISER AU GOÛT DE VICTOIRE POUR SON MARI
LE CHAMPION D'ESCRIME ERWAN LE PÉCHOUX
Ce baiser a créé, pas une énorme polémique,
mais en tout cas il a fait parler,
notamment en Tunisie.
La famille d'Inès a tenu à se justifier.
J'ai pas pris la peine de répondre,
je pense que ça ne mérite pas de réponse.
On vit des moments forts que peu de personnes ont vécu,
les gens peuvent pas comprendre
ce que ça représente pour nous.
Après, c'est mélanger amour et religion,
c'est compliqué
et ça m'intéresse pas de répondre à ces gens-là.
Je vis ma vie d'athlète, d'homme,
je suis droit dans mes bottes.
Je sais ce que je fais, je regrette rien.
Justement, les Jeux, c'est pas de religion.
Ma première rencontre avec Erwann, c'était en 2005,
c'était ma première visite à Paris.
J'étais en stage, organisé
par la Fédération internationale d'escrime.
On nous a emmenés pour voir un circuit national à Melun
et c'est là que j'ai rencontré Erwann.
Il est venu, il était un des seuls sportifs de haut niveau
à venir nous voir moi et d'autres tireurs africains.
J'ai rencontré Inès...
naturellement, sur une compétition d'escrime.
Je suis arrivé le dimanche matin pour ma compétition
et j'ai posé mon sac à côté des gens de mon club
et il se trouve qu'Inès était assise juste à côté.
Je sais pas pourquoi, très vite on est venus à discuter.
Après la rencontre avec Erwann, on est restés en contact
parce qu'on s'est échangé nos coordonnées,
mais je suis repartie à Tunis.
C'était une relation d'amitié, j'ai jamais cru
qu'un jour, je pouvais être en relation amoureuse avec lui.
Mais voilà, c'est le destin.
Des années après, on s'est de nouveau rencontrés
et on a appris à se connaître.
C'est là où ça a commencé.
Je l'ai emmenée dans un restaurant dans les calanques,
ça s'appelle la Calanque de Figuerolles à La Ciotat.
Très jolie calanque,
dans un petit restaurant qui donne sur la mer,
pour lui faire une surprise.
C'était dans un restaurant très mignon
et pendant le dîner, Erwann m'a offert une petite bague
pour montrer son intention.
La première rencontre avec la famille d'Inès s'est...
passée.
C'était un peu tendu dans le sens où...
on a essayé d'officialiser notre relation.
C'est vrai que ma mère m'a toujours dit,
comme elle était exigeante :
"Inès, me parle pas de mariage tant que
tu m'as pas offert une médaille mondiale."
Et le hasard ou le destin
a fait que je me suis fiancée avec Erwann en 2012,
en 2014, j'ai ma médaille, en juillet 2014,
et en août 2014, on se marie.
Ce qui m'énerve le plus chez Inès, c'est...
le fait qu'elle ait tout le temps son téléphone à la main
et qu'elle soit tout le temps à faire un truc dessus.
Le défaut d'Erwann, pour moi, même si je l'aime beaucoup,
c'est qu'il repousse les choses.
À chaque fois, c'est : "Je le fais demain."
Je demande un truc : "Je le fais demain",
mais finalement il ne le fait pas,
et il le fait au bout d'une semaine,
en lui mettant la pression.
Si je devais changer trois choses chez elle ?
Je lui donnerais un petit peu de... Je sais pas comment dire.
Qu'elle reconnaisse ses torts, parfois, elle peut avoir tort.
Première chose.
Pas grand-chose d'autre. Je l'aime comme elle est
donc il n'y a pas grand-chose à changer.
Si je devais changer des trucs chez Erwann...
Le fait qu'il accepte que j'aie tort.
Voilà, sinon, je l'aime comme il est.
À un moment donné, j'étais très accro aux réseaux sociaux
et Erwann a eu l'idée de faire...
Toujours maintenant.
...la demande en mariage en passant par tous mes amis,
il leur a demandé de changer tous leur photo de profil
avec "Dis oui", "Keep calm and say yes".
Au bout d'un moment, je me suis posée la question,
au fil de la journée, tous mes contacts et quelques amis
en commun changeaient leur photo de profil.
Je me demandais, qu'est-ce qui se passe ? Il y a un truc.
Je suis partie lui demander.
Le plus drôle, tu t'es réveillée dans la nuit.
Oui, c'est vrai.
Et tellement t'es accro,
tu as pris ton téléphone en pleine nuit
et t'as commencé à regarder : "Tiens, c'est bizarre."
Je voulais regarder juste ça.
Ça t'a pas trop choquée, tu t'es rendormie,
et t'as passé toute la journée comme ça, ça a continué.
Sur le fil d'actualité,
tous les amis changeaient leur photo.
C'est plus de 200 personnes qui ont changé, même plus.
T'es allée sur internet et tu as cherché,
tu as dit, si ça se trouve, c'est un truc viral.
Oui, c'était à l'époque de "Keep calm and say yes".
"Keep calm and..." je sais pas quoi.
En fin de journée, j'étais un peu fatiguée,
et c'est là où il m'a... il a eu l'idée de dire :
"Ça te dit qu'on fasse un puzzle ?"
Moi, patiente comme je suis, j'ai trouvé
- l'idée géniale, mais bon. - Voici le puzzle.
Donc, c'est un puzzle de 200 pièces.
C'est rien, un enfant pourrait le faire.
Heureusement, j'avais anticipé, j'avais numéroté.
Il a numéroté les pièces derrière.
Ça faisait un escargot jusqu'au bout.
Petit à petit, j'ai commencé...
À chaque fois, il me dit, car c'est le roi des puzzles,
de commencer par les bords.
À chaque fois, je commence à découvrir des trucs.
Ça, c'est des photos de nous deux.
Là, aux Jeux olympiques,
j'avais un vernis aux couleurs de la France et de la Tunisie.
Des photos de nous deux dans Paris avec le fleuret.
Là, c'était pendant les vacances.
- Chez mes parents. - Oui, dans le Sud.
Et ici...
- Non, pas ici. - Si, au milieu.
Non, ça commence là. "Veux-tu m'épouser ?"
Et tout ça, je l'avais enlevé.
Oui, il y avait des pièces manquantes.
Je lui ai dit : "Il manque des pièces.
Elles sont où ? C'est perdu. Ah non, je les ai retrouvées."
C'est là où il m'a sorti la boîte...
La boîte, sans la bague !
Oui, mais il y avait les pièces manquantes.
Moi j'étais déçue de pas trouver la bague !
Elle a pris la boîte, elle a fait...
"Non, c'est que les pièces."