Aujourd’hui on se retrouve ici, dans le village du Louroux, pour un petit reportage
sur les pigeons, Oui, les pigeons, et leurs pigeonniers aussi appelés Colombier. Et croyez
bien que c’est non seulement intéressant mais aussi très rigolo. Par exemple on appelle
les éleveurs de pigeon des colombophiles, moi je sais pas vous, mais je trouve ça rigolo…
Bref ! Les pigeons sont élevés depuis l’antiquité mais à la base ils servaient plutôt à produire
de l’engrais, de très bonne qualité, notamment pour le vin. Au Moyen- ge, on continue d’ailleurs
d’utiliser les pigeons pour ça et d’ailleurs leur fiente était tellement précieuse qu’elle
comptait pour une véritable source de revenus qu’on pouvait déclarer sur les contrats
de mariage, si si ! Et quand on sait qu’un pigeon peut produire entre 2 et 3 kilos de
fiente par an à lui tout seul, on se dit que ça devait faire un paquet de fiente à gérer.
Les pigeons ont s’en servait également pour faire passer des messages. Dans l’antiquité
on a des récits qui nous racontent qu’ils étaient utilisés pour annoncer le vainqueur
des jeux olympiques. Mais l’utilisation du pigeon voyageur elle se démocratise surtout
dans le monde musulman, notamment à Bagdad. Pendant ce temps là en Europe le pigeon voyageur
on connait pas et c’est pas l’intermédiaire des croisades, qui permettront aux occidentaux
de faire quelques découvertes bien sympathiques que cette utilisation du pigeon deviendra
plus courante en France notamment. Le principal problème étant que le pigeon, bien qu’assez
fiable, ne soit capable de retourner que chez lui, dans son propre pigeonnier. Du coup ils
ne faisaient les trajets que dans un sens. Par exemple un pigeon pouvait être envoyé
d’un champ de bataille vers son état major, là où il était habitué à vivre, mais
il ne pouvait pas faire l’inverse. Pour communiquer entre les villes ou entre plusieurs
positions, on faisait donc tourner les pigeons puisque si un pigeon élevé au point A est
bougé au point B, il ne faut pas qu’il s’habitue trop au point B sous peine de
voir ce point B devenir son nouveau chez lui. Du coup le point A bah il en aura pas grand
chose à faire… Un peu plus tard on va palier à ce problème en mettant la nourriture du
pigeon à un endroit différent de là où il peut se reposer, de son chez lui. On arrive
alors à lui faire faire des aller-retour sur des distances de près de 150 km, ce qui
est plutôt pas mal faut bien le dire. En tout cas le pigeon voyageur a plutôt une
belle carrière car il sert à partir du Moyen- ge de moyen de transport privilégié pour
faire passer des messages, y compris en temps de guerre, et on en utilisera pendant la première
et même pendant la seconde guerre mondiale. En 1915 à Lille, les allemands punissait
ainsi de mort toute personne qui détenait un pigeon chez elle. Pour en finir avec l’utilisation
guerrière du pigeon, sachez qu’il a même existé des projets assez farfelus, comme
le “Project Pigeon” qui, durant la WW2, devait permettre de développer un missile
dirigé par des pigeons. La prochaine fois que vous croiserez un pigeon unijambiste pensez
y, ils sont plus dangereux que ce qu’il n’y paraît.
Durant le Moyen- ge, même si c’est également le cas avant, le pigeon il est également
utilisé pour autre chose : la bouffe. Mais attendez hein, c’était un pas un plat de
pécore, ça valait cher du pigeon et c’était pour les grandes occasions ! L’administration
du roi en engloutissait quelques centaines tous les jours au XIIIe siècle, ce qui est
pas mal. Avec le temps d’ailleurs le pigeon va se démocratiser dans les assiettes au
point qu’à la fin du XIXe siècle, il n’y a pas si longtemps donc, une ville comme Paris
pouvait taper la barre des 2 millions de pigeons par an. Avec des chips à la betterave ça
devait être super bon. Et si vous vous demandez comment on arrivait à assurer une telle demande
de viande de pigeon, dites vous qu’un couple de pigeon, pendant la saison de reproduction,
soit la moitié de l’année, ça pond deux oeufs toutes les 5 semaines ! Quand on voit
qu’ici il y a 1600 nid, on se dit que ça devait demander une sacré logistique...
En ce qui concerne l’utilisation des pigeonniers, là aussi il y a des choses à dire, toujours
intéressantes et toujours rigolotes !
Tout d’abord les pigeonniers en France avant le Moyen- ge on a pas vraiment de trace et
c’était surtout réservé aux seigneurs, à ceux qui avaient des terres. Autour de
moi, vous pouvez voir des trous creusés dans la paroi de ce pigeonnier. Chaque trou, qu’on
appelle aussi des boulins, correspond à un petit nid ou deux pigeons vont se loger et
plus on est riche, plus on a de terres, plus on a besoin de pigeon, plus on a de trous,
plus le pigeonnier est grand, etc. Il fallait compter, en gros, 66 acres pour un boulin,
soit un carré d’un peu plus de 1600m sur 1600m. ça a donné lieux à des situations
assez amusantes lors des mariages par exemple. Bah oui, parce que quand tu es en train de
négocier pour marier ton fils ou ta fille, tu exposes un peu tes richesses et si tu montres
un pigeonnier avec beaucoup de boulins, de trous, ça montre que tu as beaucoup de terre
et donc beaucoup de revenus. Et dans ces cas là, rajouter quelques boulins de plus, ni
vu ni connu, ça permet de se faire passer pour un peu plus riche que l’on est vraiment.
Quand tu réussis ton coup c’est que tu l’as bien pigeonné le papa d’en face
et ouais, parce que l’expression “se faire pigeonner” ça vient en partie de là !
Quoi qu’il en soit le pigeonnier c’est important d’en prendre soin et de bien le
concevoir pour qu’il soit efficace dans sa tâche. Il en existe de toutes sortes,
des triangulaires, des carrés mais les plus imposants, comme ici, sont souvent rond. C’est
souvent plus pratique pour installer des échelles et aller récupérer les bébés pigeons quand
ils sont nés.Le pigeonnier on le construit surtout sur des hauteurs pour qu’il soit
bien visible et un peu éloigné des habitations pour éviter de pourrir les toits avoisinants.
D’ailleurs au départ les pigeons c’était une vraie plaie pour les paysans puisque des
nuées d’oiseaux s’abattaient sur leurs champs pour se nourrir et il était interdit
pour eux de les tuer ou de les attraper sans se voir infliger une grosse amende. D’autant
que eux, les roturiers, ne pouvait pas avoir de pigeonnier, en principe. Avec l’abolition
des privilèges dans la nuit du 4 août 1789, les colombiers prennent du plomb dans l’aile,
comme leurs pigeons c’est le cas de le dire puisqu’on peut désormais les tirer lors
de certaines périodes. De plus, pour protéger les récoltes, les pigeons doivent être enfermés
les ⅔ de l’année. Bientôt les gros colombiers sont laissés à l’abandon car trop cher
et trop contraignant à entretenir pour le peu de bénéfice qui en est retiré et progressivement,
même si il reste de nombreux colombophiles dans notre pays, la pratique est généralement
abandonnée.
J’espère que ce petit épisode sur les pigeons vous aura appris des choses, honnêtement
j’ai moi même été très surpris d’apprendre tout ça ! De mon côté j’ai très envie
de faire un peu plus de format comme ça, mélangeant le terrain et les images que je
trouve au grès de mes recherches. Dites moi si ça vous plait aussi dans les commentaires
et n’oubliez le petit pouce et le partage qui font bien plaisir. A plus !